Elodie face au cancer du sein

Le 18 Mai 2019, Elodie une jeune femme de 37 ans que j’avais déjà rencontré quelques années plus tôt lors d’un cours photo à Troyes me contacte par message privée sur ma page Facebook.

Elle me fait part d’une demande un peu particulière et souhaite savoir si cela me semble possible de la réaliser.

Elodie m’explique vouloir faire une séance photos pour lui permettre d’accepter et de partager son combat contre la maladie. On lui a diagnostiqué un cancer du sein en Mars dernier avec une ablation du sein ainsi que plusieurs séances de chimiothérapie.

Je décide de prendre une journée de réflexion pour répondre précisément à ses attentes, je mesure précisément à cet instant l’impact du travail que j’allais devoir accomplir mais surtout le courage et la force qu’il allait falloir à Elodie pour réaliser cette séance.

Nous commençons à échanger sur le style d’image, les différents effets de lumière et le déroulement de la séance, Elodie me fait parvenir quelques photos d’inspiration qu’elle avait trouvée ainsi que des clichés d’elle après la chirurgie.

A ce moment-là je prends conscience de l’impact de la mutilation du corps à la suite d’un cancer du sein et même si j’avais dans le passé déjà vu des reportages photos, je réalise que cela touche une personne que je connais, que j’ai rencontré et avec qui un lien de confiance s’est établi. Je vous assure que cette prise de conscience vous fait ressentir beaucoup d’émotions et remet en question toutes vos certitudes.

Nous programmons la séance pour le 2 Juillet à 14h00.

Durant la matinée ce 2 Juillet, je prépare le studio pour la séance mais mon esprit est rempli de millions de questions, « comment vais-je réagir en voyant sa cicatrice en vrai ? Serais-je choqué ou mal à l’aise ? Et si elle s’en rend compte ? Comment faire pour ne pas lui montrer ? Ne pas lui renvoyer de plein fouet cette blessure, cette maladie ?

L’heure du shooting arrive, Elodie est accompagnée par une amie. Nous discutons du déroulement de la séance, elle m’explique en détail son parcours durant la maladie et les photos qu’elle souhaite faire. Tout se passe naturellement, nous avons la même vision du résultat final, je suis rassuré.

L’ambiance est néanmoins un peu pesante, pour Elodie cela n’est pas simple de devoir poser devant moi, même si je suis photographe et pour moi car je me rends bien compte de ces inquiétudes, ses doutes et ses peurs. Je pense aussi à la réussite de ce travail qui me tiens à cœur.

La séance débute par quelques photos de portrait et de plein pied qui ne laisse rien paraitre de sa maladie.

Après quelques clichés, Élodie retire sa prothèse mammaire ce qui laisse entrevoir à travers ses vêtements l’ablation du sein qu’elle a subi. C’est tout naturellement et avec une entière confiance que la séance se poursuit.

J’avoue qu’à ce moment, je suis un peu déstabilisé car je visualise de plus en plus la réalité de cette mutilation mais je me concentre sur mon travail et sur l’objectif pour elle.

En discutant durant le shooting, elle me parle de sa prothèse capillaire et de la perte de ses cheveux du a la chimiothérapie. A aucun moment je n’avais réalisé que ce n’étais pas ses cheveux naturels.

Le moment des photos plus intimes arrive, celles où Élodie va dévoiler sa cicatrice. C’est avec une confiance qui me touche qu’elle se lance avec une certaine réserve et une gêne car mis à part son mari et son chirurgien, aucun homme ne l’as vu ainsi.

A ce moment précis, je suis surpris par une sensation forte et intense en voyant une telle cicatrise sur le corps d’une femme, de me rendre compte de la réalité du manque de cette partie si importante pour une femme et cette féminité amputé par la maladie. Je réalise aussi combien cette femme face à moi a dû se battre pour arriver aujourd’hui à faire cette séance avec moi.

Je continu à la photographier, l’œil derrière mon objectif.

Tout se déroule parfaitement bien dans une ambiance qui s’est détendu au fur et à mesure des cliches que je réalise. Elodie me fait part d’une dernière demande, elle souhaite finir par une photo d’elle sans sa prothèse capillaire, avec un peu d’hésitation elle se lance malgré tout.

Nous finissons la séance sur cette série de photos.

Je lui explique que je prendrais un peu plus de temps que pour les autres shootings photos, souvent en 24/48h je livre mes photos, mais là j’ai besoin d’analyser, de prendre du recul et de faire un travail plus approfondi pour fournir les images tant attendu par Élodie.

Elle repart avec son amie, très contente de la séance réalisée, je dirais même satisfaite de la façon dont le shooting se soit déroulé et cette ambiance détendue qui lui a permis d’aller au bout s=de son projet et de faire les cliche qu’elle voulait sans trop de gêne et de réticence.

Quelques jours passent avant que je décide de me mette au travail sur les photos, ce temps était nécessaire pour je puisse prendre un peu de recul par rapport à toutes les émotions qui se sont déroulées au cours de  ce shooting.
En retravaillant les photos je revis toutes ces émotions, je repense à cette épreuve qu’Élodie a dû subir et surmonté en tant que femme, épouse et maman.

Les photos sont enfin prêtes et mise sur une galerie privée, j’envoie le message sur Messenger à Élodie le 10 juillet à 11h38.
De longues heures se passent avant d’avoir un retour d’Élodie le même jour à 21h58.

Durant tout ce moment j’avais vu la petite pastille qui disait que le message avait été lu !
Aucun retour, je me pose 10000 questions, est ce que ça lui plait ? Ai-je fait les photos qu’elle attendait, est-elle déçue ? Ai-je détruit sa confiance en elle ? Ai-je fait tout l’inverse de ce que je voulais et qu’elle attendait ?

Et puis le retour arrive :

Waouh j’ai versé ma larme sur certaines photos, elles sont magnifiques et correspondent vraiment à ce que je voulais, celle en noir et blanc me laisse sans voix …tu as fait un super travail je suis ravie, je n’ai pas encore eu le temps de bien les regarder toutes ; mais je vais faire un super album pour garder un souvenir d’une période de ma vie, et l’offrir à mon chéri quand je l’aurai fini

Merci d’avoir pris le temps pour cette séance, elle m’a redonné encore plus confiance en moi, et finalement la féminité ne se perd pas quand je me regarde en photo. Je vais faire un bel album avec toutes ces photos qui marqueront un dur passage de ma vie.

Ce retour m’a énormément touché et j’ai versé quelques larmes, j’avais réussi le travail qu’Élodie m’avait confié et les objectifs que je m’étais fixé. Que les photos qu’elles a réalisées avec moi lui plaisent mais surtout qu’elles lui redonnent confiance en elle et en sa féminité.

Le métier de photographe que j’ai choisi est un métier merveilleux et exceptionnel qui permet de donner la possibilité aux gens de garder a jamais un souvenir qu’il pourra regarder et le partager avec ceux qu’il aime. Une photo peut redonner une confiance perdue ou bien montrer une image différente de celle que les gens ont d’eux même.

« Il ne s’agit pas de transmettre une vision mais de toucher les gens à travers une image »

Élodie est une véritable femme pétillante, souriante et combattante dans cette épreuve.
Je suis ravi qu’elle m’a fait confiance et surtout que ces photos puissent sensibiliser les autres femmes, que rien n’est perdu, qu’on peut combattre et survivre et garder sa joie de vivre et sa féminité.

Élodie m’as confié revenir plus tard refaire une séance photo, une fois la chirurgie réparatrice de son sein réaliser, afin de finaliser un travail qu’on à commencer ensemble.
J’ai déjà eu le plaisir de refaire une séance en pleine air avec elle et sa fille, joyeuse et complice, mère et fille ce fut un réel plaisir de voir cette joie de vivre !

A travers cet article je voulais faire passer un message fort qui est important pour moi.

Même si cela peut vous sembler effrayent ou que vous appréhendiez l’examen ou le résultat, n’hésitez pas à réaliser les examens de dépistage et la surveillance concernant le cancer du sein.

Le dépistage sauve chaque année des millions de personnes, n’attendez pas qu’il soit trop tard….

https://www.e-cancer.fr/Comprendre-prevenir-depister/Se-faire-depister/Depistage-du-cancer-du-sein

https://www.ligue-cancer.net/article/26094_cancer-du-sein

Avis Elodie Triche Google
Elodie Triche face au cancer du sein

La lutte contre le cancer du sein n’est pas un jeu d’enfants mais une bataille qui se gagne au quotidien.
Une femme sur neuf sera touchée par cette maladie.
A 37 ans on me diagnostique un cancer du sein ; je suis confronté à une mastectomie (une ablation du sein). Une mutilation de mon corps de femme.

J’ai eu l’idée d’une séance photo un peu particulière. Montrer qu’avec un seul sein, on est belle, on peut s’aimer et être aimée.
Une sorte de « photo-thérapie ». Dépassant mes propres barrières pour se mettre à nue devant un objectif et lâcher prise pour faire passer mon message : s’aimer, aimer la vie et le montrer. Se mettre ainsi à nu est un début de l’acceptation de soi et du douloureux combat passée.

J’ai rencontré Luc lors d’un cours photo sur Troyes, je lui ai proposé mon projet. Je suis arrivé au studio de Luc accompagnée d’une amie pour ce shooting pas comme les autres. Il nous a tout de suite mis à l’aise, à mon écoute il a pris le temps afin de respecter au mieux ma demande, en toute intimité.
Luc m’a guidé avec gentillesse pour les prises et c’est sans pudeur que je suis arrivée à me montrer à nue. Une heure de shooting très intense en émotion car c’était la première fois que je dévoilai mon corps meurtri.

Luc est resté si professionnel que j’ai réussis à ôter ma perruque pour les dernières prises.
Autant vous dire que j’ai versé une jolie larme quand j’ai découvert mes photos qui correspondaient à ce que je désirais.
Un message fort passait à travers elles. Une féminité que je pensais avoir perdue c’est dévoilé à travers ces clichés.

Je suis devenue une femme forte, heureuse dans mon corps. Une femme qui s’exhibe sans inhibition, avec un sentiment positif.
Sortir de l’ombre à la lumière. Ces images sont le moyen de m’apporter une autre vision de moi. Sérénité.
Force, assurance et beauté.

Certaines blessures nous forgent, d’autres nous détruisent. Il ne tient qu’à nous de choisir qui nous voulons être.